Iceland Airwaves 2013 | Enfiler les beaux moments

Islande, festival Iceland Airwaves 2013. Quand une programmation de feu rencontre un lieu qui marque par son immensité et sa beauté surréelle, ça peut difficilement devenir autre chose qu’incroyable.

Ci-haut, deux vidéos qui témoignent de ces beaux moments musicaux. Dans la première, on y aperçoit les groupes les plus festifs et/ou énergiques du festival. Dans la deuxième, les moments plus doux.

Voici le compte-rendu des moments forts du festival, parce qu’il y a tant de choses à dire encore.

D’abord, Múm, qui se retrouve dans les deux vidéos. Le groupe a prouvé lors de son DJ set le jour de l’Halloween, déguisements et paillettes en prime, que malgré leur réputation de groupe établi et leur musique sensible et grandiose, les garçons ne se prennent pas au sérieux. Ils nous ont régalé de mélodies joyeuses et hors du temps, très éloignées de leur propre répertoire. Mention spéciale à Samuli Kosminen, batteur et percussionniste, dont la créativité et le talent n’a rien à son épreuve.

La bande a aussi investi une petite église près de l’étang central de la ville, un vendredi soir glacial. Pendant 2h30, Múm a joué ses pièces et créé une bulle hors du temps pour les chanceux s’étant entassés au maximum dans l’allée centrale et sur les bancs de bois. Éclairée principalement par des cierges durables (deux cérémonies funéraires, selon le gardien de l’église), le chanteur s’est dit très satisfait de l’ambiance chaleureuse et de l’éclairage stable de l’église. La magie était effectivement dans les petits détails.

Prins polo (Crédit: Maryse Boyce)

Un énergumène que le festival m’a permis de découvrir est Prins Póló. Cet homme, qui affectionne les couronnes de carton dont il change la couleur au fil des spectacles et vidéos, confectionne du bon rock. Bien qu’on ne comprenne pas les paroles exactes de ses chansons sur les hôpitaux et l’amour intergénérationnel, on sait grâce aux réactions du public islandais qu’il fait des bonnes blagues. De toute façon, ses mélodies nous attrapent par les oreilles et descendent jusqu’à nos genoux, peu importe notre provenance géographique. À voir dans le cadre de M pour Montréal, à la Sala le 22 novembre.

Yo la tengo (Crédit photo: Maryse Boyce)
Yo La Tengo étaient eux aussi présents au pays des geysers, et ont joué le même soir que Prins Póló. La troupe nous a présenté un set très diversifié. Un mur de distorsion, comme le groupe aime les créer, côtoyait les moments doux, les nouvelles pièces jouxtant les anciennes. La batteuse et chanteuse Georgia Hubley et le bassiste et claviériste James McNew ont souvent joué à la chaise musicale, démontrant l’étendue de leur talent. Yo La Tengo a même joué la pièce Sugarcube, tirée de l’album I can hear the heart beating as one, une pièce très appropriée dans le pays de Björk. Un concert magistral.

We Are Wolves et Mac DeMarco étaient de la vitrine M pour Montréal, qui présente des artistes au Iceland Airwaves depuis 3 ans déjà. Les loups se sont produits pas moins de quatre fois, et ont attiré une foule de curieux et fans de partout à travers le monde (je me suis perdue avec plusieurs Allemands qui ne voulaient surtout pas manquer leur performance). Quant à Mac DeMarco, la faune étudiante a répondu à son rock habile et déjanté avec beaucoup d’enthousiasme. Pour son spectacle le soir même au Harpa, dans la grande salle Silfurberg, la foule était tranquille, voire amorphe mais Mac et sa bande ont réussi à dérider les sérieux et à les contaminer de plaisir. Les airs surf, la reprise de Message in a bottle à la sauce rock sale et l’humour particulier du chanteur ont fait le travail.

Omar Souleyman, toujours au Harpa, était égal à lui-même, c’est-à-dire qu’il a enchaîné les rythmes électro et a délié les bassins malgré sa gestuelle minimale. Son claviériste est tout simplement incroyable, gardant un air de marbre pendant que ses doigts martèlent ses claviers à la vitesse de l’éclair. Après avoir croisé Björk dans le hall du Harpa, tout juste avant le spectacle, j’espérais très fort que la grande dame se joindrait à la star syrienne pour interpréter Crystalline, dont Souleyman a fait, à mon avis, le meilleur remix à ce jour. L’occasion n’a pas été saisie, bien que Björk ait été aperçue se déhanchant sur la piste de danse parmi les festivaliers alors que les pièces du nouvel album Wenu Wenu, produit par Four Tet, résonnaient dans la grande salle.

Savages. Le quatuor féminin britannique nous a servi une belle leçon de rock. La chanteuse Jehnny Beth a une présence extraordinaire, une rage exprimée tout en grâce. Elle multiplie les contacts visuels avec la foule, et n’hésite pas malgré ses talons hauts à se jucher sur la barrière de sécurité pendant les chansons. «C’est notre première fois en Islande. On est ici pour vous ce soir. » Ça se sentait. Je suis sortie du Musée des arts de Reykjavik vivifiée par cette démonstration sans faille.

Tout de suite après, direction Harpa pour le dernier concert de FM Belfast, qui avait joué plus tôt durant le festival. Cette fois-ci, pas question de manquer ce déferlement d’énergie et de bonne humeur. Le plancher tremblait lorsque la foule sautait à l’unisson, et la température ambiante était tropicale. Les garçons sur scène se sont mis en petite tenue pour la pièce Underwear, et ils ont conclu avec l’irrésistible I don’t want to go to sleep either, qui m’est restée dans la tête toute la nuit durant.

Kraftwerk (Crédit photo: Maryse Boyce)

Le spectacle de clôture était la mythique formation électronique Kraftwerk, qui présentait deux soirs de suite son concert 3D. Tout au long de la soirée, la précision et l’actualité de leur musique nous revenait au visage. Un spectacle touffu, réglé au quart de tour, les succès se succédant avec visuels correspondants. Tout comme les Islandais, Kraftwerk n’a pas peur de la couleur, pour notre plus grand plaisir visuel (le plaisir auditif étant déjà assuré). Cloués à nos sièges, nos jambes voulaient danser sur les airs de We Are The Robots, Tour de France et autres Man Machine, mais on a gigoté comme on a pu en restant assis. Beaucoup d’admiration pour ce groupe qui a su imposer son son et son imaginaire, et dont les paroles sur l’emprise de la technologie sur nos vies et la perte d’intimité sonnent toujours aussi vraies. Une très belle manière de conclure ce festival.

C’est donc avec l’impression d’avoir assisté à une enfilade de moments privilégiés que je suis revenue à Montréal. Ça prendra du temps s’en remettre, mais ce n’est pas grave parce qu’après tout, j’ai jusqu’à l’an prochain. Y serez-vous?

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